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Le Kajukenbo

Réalisme, efficacité, adaptation

P. CHOO, J. HOLK, F. ORDONEZ, C. CHANG

HISTOIRE


À l’origine, l’économie de l’île d’Hawaï dépendait de la culture de la canne à sucre. Les propriétaires blancs des exploitations employaient la population locale pour cultiver les champs. Pour se développer économiquement, l’île devait donc accroître ses cultures et avait, par conséquent, besoin de main d’œuvre supplémentaire. La population locale étant insuffisante pour faire face à la demande, le gouvernement eut recours à l’immigration.


Ce sont les Chinois qui arrivèrent en premier lieu sur l’île. Les riches propriétaires attisèrent la haine raciale. Les Chinois ne furent pas intégrés à la population hawaïenne et se regroupèrent au sein de leurs propres quartiers : les China towns. Les combats entre Hawaïens et Chinois étaient monnaie courante. Ces derniers, petits et minces, se battaient avec leurs arts martiaux contre les colosses originaires de l’île.


Les immigrés chinois affluèrent en masse dans l’île, ils devinrent si nombreux que les autorités décidèrent de stopper leur arrivée. Cependant, les besoins de main d’œuvre allaient toujours croissants et ce fut donc aux travailleurs du Japon et de l’île d’Okinawa que l’ont fit appel. Les Japonais et les Okinawaïens ne furent pas non plus intégrés aux populations déjà présentes et se battaient donc régulièrement contre les Chinois ou les Hawaïens. Pour se faire, ils employaient leurs propres arts martiaux comme le karaté, le ju-jutsu ou encore le judo.


À partir de 1920, on organisa des « compétitions » entre arts martiaux différents, un boxeur contre un judoka, par exemple. Les Okinawaïens, qui pratiquaient le karaté, eurent envie de faire pareil. Ils demandèrent donc à des karatékas réputés de venir à Hawaï pour des combats. Les deux hommes refusèrent finalement de combattre mais enseignèrent le karaté. Dès ce moment-là, de nouveaux dojos furent créés, favorisant ainsi l’expansion du karaté.


En 1924, l’immigration japonaise fut, elle aussi, arrêtée. Ce fut alors au tour des Philippins et des Coréens d’affluer à Hawaï. Ce qui augmenta un peu plus encore la diversité des arts martiaux pratiqués sur l’île.


Les conflits interethniques augmentèrent également et la violence continua de se propager mais aussi une idée de mixité de styles. Personne n’était vraiment en sécurité et le besoin de se défendre efficacement se fit sentir. C’est vers la fin des années 1940, dans un quotidien toujours aussi troublé que la kajukenbo fut créé.

  









Le KAJUKENBO est un style de kenpo orienté vers la self défense. Sa création est due à une réflexion commune ayant pour origine l’insécurité et la violence qui régnaient sur l’archipel d’Hawaï à la fin des années 1940.


Issu de l’étude et de la comparaison de différents arts martiaux, il a été créé par un collège de cinq experts en arts martiaux dont Adriano Emperado.


Les cinq styles ayant servi de base à la création du kajukenbo ont aussi servi à former son nom (KAJUKENBO = KA : karaté + JU : judo et ju-jutsu + KEN : kenpo + BO : boxe).

CREATION DU KAJUKENBO


En 1947, un groupe d’experts en arts martiaux de différents styles se réunirent au sein d’un groupe : la Black Belt Society (la Société des ceintures noires). Le but de leur association était de rassembler leurs connaissances afin de dégager les faiblesses et les atouts de chacun de leurs arts martiaux. Les techniques jugées inefficaces furent éliminées. Les techniques ayant fait leurs preuves donnèrent naissance à un nouveau système : le kajukenbo.


Ce dernier est principalement issu de cinq styles différents : le karaté, le judo, le ju-jitsu, le kenpo et la boxe (anglaise et chinoise). À cela viennent encore se greffer des techniques de lua et d’escrime philippines, le kali eskrima (bâtons et couteaux). Attention cependant, le kajukenbo n’est pas un simple assemblage de techniques empruntées à divers styles. Selon le Grand Maître Angel Garcia (10e Dan) le kajukenbo n’est pas un mélange ni une synthèse, c’est une combinaison de concepts dans un seul style1


La Black Belt Society se composait de cinq membres. Celui principalement retenu est Adriano Sonny Emperado, aussi appelé Sijo (créateur) par les pratiquants du kajukenbo. Le groupe était également formé par Peter Chow, Joe Holk, Frank Ordonez et Clarence Chang. Chacun d’entre eux était passé maître dans un ou plusieurs arts martiaux, à savoir : L’eskrima philippin et le kenpo okinawaïen, pour Sijo Adriano Emperado ; le tang soo-do coréen et la boxe anglaise, pour Peter Choo ; le kôdôkan-judo, pour Joe Holk ; le jujutsu, pour Frank Ordonez et la boxe chinoise pour Clarence Chang.


« Kajukenbo Train strong to remain strong » était le dicton du Professeur Emperado. Le kajukenbo est un style rude et brutal, Maître Emperado disait « L'entraînement se terminera que lorsque j'aurai vu du sang sur le plancher ». Sa philosophie était que si quelqu'un avait peur de la douleur il serait vaincu dès le premier assaut. Vu l’efficacité du style en situation réelle, il fut largement utilisé dans les bagarres de rue. C’est ce qui permit, à la base, de diffuser le kajukenbo auprès d’un grand nombre de personnes



LE KAJUKENBO  AUJOURD'HUI


Aujourd’hui, le kajukenbo est pratiqué un peu partout dans le monde. Il l’est essentiellement en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe Occidentale. Les entraînements de kajukenbo se font toujours à plein contact.


Le kajukenbo n’est pas un style figé. En effet, fidèle à son orientation self-défense, le kaju est en constante évolution afin de doter les pratiquants de techniques de défenses adéquates à leur époque (on ne se battait pas de la même façon à la fin des années 1940 qu’aujourd’hui).



RAPIDITE, PRECISION, PUISSANCE ET ADAPTATION


La riposte à l’agression doit se faire d’une façon très rapide et explosive afin de surprendre l’adversaire et de lui laisser le moins de temps possible pour réagir. Le kajukenbo est conçu pour être efficace quelle que soit la distance à laquelle on se trouve de l’opposant. Dans ce but, le kajukenbo travaille différents types de mouvements : frappes, luxations, projections et immobilisations, etc.


Le kajukenbo se travaille toujours dans la recherche de l’efficacité en cas de combat réel. Les entrainements visent à acquérir la condition physique nécessaire pour tenir le temps d’un combat de rue. Les techniques se travaillent dans le but de développer les réflexes qui serviront à savoir quoi faire dans de telles situations. Elles se travaillent avec précision tout en respectant les spécificités de chacun (selon que l’on soit plus petit, plus grand, moins fort des bras… ).


Le kajukenbo n’est donc pas enseigné de façon rigide comme pour d’autres arts martiaux où le but est de reproduire le plus fidèlement possible les mouvements exécutés par le maître. Le kajukenbo à pour but de doter chaque pratiquant de techniques efficaces quel que soit son gabarit ou ses aptitudes.



L'HUMILITE


Si la pratique du kajukenbo vise à l’efficacité en toute situation, l’enseignement joue aussi beaucoup sur l’humilité et cette notion est souvent rappelée. En effet, en raison de l’aspect « complet » du kaju, certains pratiquants pourraient se montrer plus téméraire qu’ils ne le devraient en situation réelle. Or, le but du kajukenbo est de préserver sa vie. Donc, si dans certains cas, la fuite est possible et plus salutaire que l’affrontement, alors mieux vaut prendre la fuite.